• Jo M. Sekimonyo

RDC – Programme d’alimentation scolaire : une pierre deux coups (Tribune de Jo Sekimonyo)

Les données de l’ONU indiquent que chaque jour, des centaines de millions d’enfants dans le monde bénéficient de programmes nationaux d’alimentation scolaire. Quel que soit le repas, le petit déjeuner, le dîner, ou les deux, les cantines scolaires sont une bouée de sauvetage nutritionnelle pour ces enfants. Malheureusement, c’est une rareté des enfants congolais vivant en RDC qui en font partie.

Il a été prouvé à maintes reprises que le fait d’être nourri à l’école améliore l’assiduité et les performances scolaires des enfants. Mais la mise en œuvre dans sa forme simple manque un aspect particulier à la réussite d’un tel programme.

La Commission de l’Union africaine a reconnu l’élément clé des repas scolaires que je ne cesse de crier haut et fort pour que les programmes d’alimentation scolaire remplissent le ventre des enfants et les poches des agriculteurs qui promeuvent l’idée que les régimes alimentaires doivent être « faits maison ». Cela signifie que la nourriture pour ces repas doit provenir d’agriculteurs locaux.

Conformément à mon point de vue selon lequel le budget de l’État est censé injecter de l’argent dans une économie, cela implique que le gouvernement, en particulier ses entités locales, et les autorités éducatives achètent de la nourriture aux agriculteurs dans les zones desservies par les écoles bénéficiaires. L’implication des agriculteurs locaux dans les programmes d’alimentation scolaire a le potentiel d’améliorer les moyens de subsistance des populations et de revitaliser les économies rurales. Ce faisant, il donne une meilleure dimension au motif et à l’impact.

Cependant, même si des pays comme le Kenya et le Ghana sont déjà en avance sur la RDC, certains signes indiquent qu’ils sont confrontés à d’énormes obstacles pour intégrer les agriculteurs dans leurs leurs schémas.

Les luttes des petits agriculteurs

Bien que les petits agriculteurs, ceux qui cultivent cinq acres de terre ou moins, produisent environ 80 % de la nourriture consommée en Afrique, la plupart vivent dans une pauvreté primitive. Et compte tenu du mauvais état des infrastructures, les marchés accessibles aux petits agriculteurs sont largement limités.

Malgré cela, la question se pose de savoir pourquoi est-il important d’intégrer le modèle d’approvisionnement favorable aux petits agriculteurs dans le programme d’alimentation scolaire.

Eh bien, l’approche consistant à fournir aux programmes d’alimentation scolaire des produits cultivés localement est logique à plusieurs niveaux. Il permet d’économiser de l’argent puisque la nourriture n’a pas à être transportée sur de longues distances. Les écoliers bénéficient d’aliments familiers, cultivés localement et nutritifs. Et les agriculteurs eux-mêmes peuvent utiliser leurs revenus pour subvenir aux besoins de leurs familles ou même réinvestir dans leurs entreprises agricoles.

Comment éviter les pièges courants

Je dois souligner le fait que l’agriculture n’est pas la clé du développement de la RDC. Je vois plutôt dans le programme national d’alimentation scolaire une façon pour l’État d’injecter des capitaux dans les économies locales, conformément à mes principes de libéral à la congolaise.

La participation des petits agriculteurs peut être faible si les personnes qui gèrent les programmes d’alimentation scolaire sont seulement « encouragées » à acheter auprès des agriculteurs locaux au lieu de fixer un pourcentage croissant de ce qu’ils devraient acheter localement. En d’autres termes, il devrait y avoir un arrangement contractuel qui précise quelle part du budget d’approvisionnement alimentaire d’un traiteur devrait être consacrée aux achats locaux qui augmenteraient chaque année.

Mais aussi, le paiement irrégulier de fonds aux traiteurs ou aux écoles pour la préparation des repas peut également dissuader les traiteurs d’acheter aux petits agriculteurs, qui exigent généralement de l’argent comptant à l’avance.

Il est important de noter que la première étape devrait être pour le gouvernement central de formaliser les liens entre les coopératives de petits exploitants et les programmes d’alimentation scolaire en élaborant des directives politiques claires.

La gratuite de l’enseignement primaire en RDC a révélé l’erreur idéologique fondamentale à laquelle de nombreux pays à faible revenu sont confrontés lorsqu’ils tentent de financer un système éducatif sans comprendre les attentes et les objectifs modernes basés sur l’amélioration de la qualité et non sur l’élargissement de l’accès.

C’est ainsi que la recherche, les experts, ont donc un rôle essentiel à jouer pour que les gouvernements tout comme toute la nation puissent savoir ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas et comment cela fonctionne là où cela fonctionne. Sinon, cela s’ajoutera au tas de gaspillages administratifs et financiers.

Jo M. Sekimonyo

Auteur, théoricien, militant des droits de l’homme et économiste politique

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